De la naissance d’une tradition

Ça y est, c’est passé. Les fêtes de fin d’année, c’est fini. Au moins jusqu’à l’an prochain. Si vous avez lu les trois premiers articles publiés sur ce blog, vous avez sans doute noté que je n’apprécie que très moyennement cette période festive. Ce ne sont pas les festivités en elles même qui me gênent. Une petite fête de temps en temps n’a jamais fait de mal à personne. Ce qui m’agace surtout, c’est le caractère obligatoire du folklore qui les accompagne. Les fêtes de fin d’année trainent avec elles un cortège de rites étranges qu’on perpétue sans vraiment savoir pourquoi. Que fête-t-on vraiment à Noël ? La naissance du petit Jésus ? Le solstice d’hiver ?

La date est purement symbolique. On sait depuis longtemps Jésus est né de quatre à sept ans avant lui-même et rien ne permet d’affirmer que c’était un 25 décembre. Beaucoup pensent que cette date a été choisie au début du christianisme pour promouvoir la nouvelle religion auprès des païens qui fêtaient le solstice d’hiver. On a récupéré les symboles et ils ont perdu leur sens, mais on continue à les utiliser, poussant la pratique jusqu’à l’absurde, comme dans certains coins de l’hémisphère sud où on décore un arbre en collant de la fausse neige dessus alors qu’on est en plein été. Le folklore de Noël est un grand N’importe-quoi, mais on ne peut pas y échapper. C’est la tradition. Et chez nous, on ne plaisante pas avec la tradition.
Je ne suis pas attaché à ce folklore, mais je ne veux pas empêcher ma famille de participer à la grande fête collective. Après tout, les occasions de s’amuser sont tellement rares qu’il serait bien dommage de les priver de celles-là sous prétexte qu’elles choquent mes convictions. (Convictions dont tout le monde se fout et qui n’empêcheront pas le monde de tourner…)
Je contribue même aux préparatifs. Modestement certes, mais j’y contribue quand même. A Noël, je ramène le sapin à la maison et je sors les décorations du grenier.

A la maison, le rituel du sapin se déroule toujours de la même façon, mais cette année, nous avons vu apparaitre un nouvel élément qui pourrait bien transformer à jamais le folklore de Noël au Kikimundo.

La cérémonie commença normalement, selon l’usage. J’avais installé le sapin dans le salon et sorti les décorations. Au signal de notre Gardienne des traditions, tout le monde se mit à déballer les boules colorées soigneusement enveloppées dans du papier journal. Au bout de cinq minutes, les filles commençaient à se chamailler pour savoir qui allait accrocher telle ou telle boule, ce qui ne manqua pas d’énerver Mon Amour qui se mit à leur crier dessus. C’est le moment que je choisis pour m’éclipser. Je partis dans le bureau jouer sur mon ordinateur, laissant le reste de la famille s’agiter dans le salon. Tout semblait donc se dérouler normalement lorsqu’une heure plus tard, Mini-Kiki vint me rejoindre. Ses yeux pétillaient et son visage affichait un petit sourire malicieux. Il avait son air coquin, celui qu’il prend lorsqu’il a trouvé une bonne blague à faire ou une histoire drôle à raconter.

– Papa viens voir ! Viens voir ce que j’ai fait…

Me tirant par la manche, il m’entraina dans le salon devant la bibliothèque et fier de lui, il me montra la crèche. Oui, au Kikimundo, on fait une crèche à Noël. Cela peut paraitre paradoxale car dans notre pays, nous gardons une certaine distance avec les religions qui sont pour nous plus une composante culturelle qu’une affaire de croyance. Mais à Noël, comme dans des millions de foyers, nous mettons en scène la naissance de Jésus avec de petits personnages en plâtre peint. Notre Gardienne des traditions y tient beaucoup.
Comme tous les ans, Mon Amour avait installé la crèche dans un des compartiments de la bibliothèque. Elle avait déménagé les bibelots qui occupent habituellement cet emplacement pour y poser les santons de son arrière-grand-mère. Des petits bonshommes qu’on se passe de génération en génération et qu’on expose dans le salon entre décembre et janvier : C’est ça la tradition…

Mais la crèche que me présentait Mini-kiki n’avait rien de traditionnelle. Au milieu des santons ancestraux, je pouvais apercevoir quelques figurines insolites. Entre le bœuf et la vierge Marie, un tyrannosaure dévorait un chat, et à coté des bergers, un spinosaure s’attaquait au troupeau de moutons.

L’an dernier, je vous ai raconté comment je m’amuse de temps en temps à rajouté un gremlin ou un dinosaure dans la crèche. Notre Titou a dû trouver cette pratique à son gout car cette année, il se l’est approprié, et pour la première fois il a arrangé tout seul la crèche à sa façon.

Une pratique qui se passe de père en fils, c’est ce qu’on appelle une tradition, non ?!? Notre gardienne des traditions peut donc inscrire celle-ci dans son grand livre.

Pour parfaire le tableau, j’ai juste ajouté un escargot au milieu de la crèche, car n’oublions pas que nous sommes au Kikimundo. Et pour donner un sens à cette nouvelle coutume, il ne restait plus qu’à écrire une légende…

Jurassix-Mass

Spécial Origine

En ce moment je consacre l’essentiel de mon temps libre à jouer avec The GIMP, le logiciel de retouche d’image sous licence GPL. J’ai exhumé mes vieux dessins et j’ai entrepris de les restaurer avec ce logiciel. Cela  me laisse peu de temps pour l’écriture. Il n’y aura donc pas d’article cette semaine. Par contre, j’ai fini de recycler la première aventure de mon ami l’escargot. Comme je trouve le résultat assez satisfaisant, j’ai décidé de la publier ici.

Je profite de l’occasion pour vous raconter comment ce personnage a vu le jour.

C’était à la fin du siècle dernier, pendant l’année scolaire 83-84. J’étais en 1ère dans un lycée technique à Paris et je préparais un Bac F1 (Fabrication mécanique). Cette année-là, il y avait dans notre emploi du temps une journée assez particulière. Une journée entière consacrée aux travaux pratiques à l’atelier qui se terminait par une heure de sciences physiques. Après huit heures passées sur les machines à usiner de l’acier ou de la fonte, inutile de vous dire qu’en cours de physique, nous n’étions pas hyper concentrés. La physique n’était pas une des matières principales pour notre Bac. On la passait seulement en rattrapage et à l’oral. De plus, notre prof était un jeune remplaçant sans expérience. Il avait beaucoup de mal à nous tenir. Nous l’impressionnions physiquement et cela se voyait. Nous n’étions pourtant que des gamins, mais après avoir pataugé toute la journée dans l’huile et les copeaux métalliques, nous faisions peur à voir. Nous étions gris, huileux et surexcités. Alors cette heure de cours se transformait souvent en séance de défoulement. Chacun décompressait à sa façon : Lecture de magazines, commentaires sur la journée, batailles de boulettes de papier…

Au milieu de cette cohue, mon copain de classe et moi expérimentions une nouvelle forme d’art : le N’importe-quoi. Le but du jeu était de se faire rire en inventant des histoires débiles. Notre mode d’expression favori était le dessin. Nous avons donc créé un escargot débile que nous mettions en scène dans nos histoires.

Pourquoi un escargot ?

Tout simplement parce que c’est facile à dessiner. En fait, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, je ne sais pas dessiner. Par contre, je fais bien semblant et cela fonctionne car nombreux sont ceux qui me complimentent pour mes dessins. Je n’ai pourtant aucun talent. Mon seul mérite, c’est d’essayer. Le choix d’un escargot comme héros a été guidé par la facilité. Un escargot, c’est une forme simple. On ne s’embête pas avec les bras et les jambes, et comme son corps est mou, on peut le représenter n’importe comment sans qu’il paraisse trop difforme.

C’est ainsi qu’est né Escargolio, le petit gastéropode que vous pouvez voir se promener dans les pages de ce blog.

Voici donc sa première aventure qui marqua le début d’un quart de siècle de N’importe-quoi.

spécial origine