Depuis quelques jours, je suis très perturbé. La semaine dernière j’ai été confronté à une série d’évènements qui ont échappé à mon contrôle et qui, si je n’y prends pas garde, risque de bouleverser à tout jamais mon système de valeurs. Mon rapport à la lecture est en train de changer. Il a fallu quatre jours pour que j’en prenne conscience.
Voici les faits :
Samedi dernier, Mon Amour est allé en ville pour retrouver quelques copines. Elle aime beaucoup ces réunions qui concilient deux de ses occupations favorites : la lecture et le papotage. Elle m’a proposé de venir et j’avoue que l’idée m’a bien tenté une demi-seconde. Mais je me suis vite ravisé car tout bien considéré, je n’aurais pas été à ma place et je me serai senti mal à l’aise. D’abord, la réunion était exclusivement féminine et en plus il y avait plein de monde. Imaginez ! Il y avait autant de filles que de nains dans Blanche-neige. C’est vous dire à quel point c’était effrayant. Et puis j’avais autre chose à faire. Depuis plusieurs mois, j’avais négligé le pyracantha planté devant la maison. Le pyracantha, c’est cette espèce de monstroplante qui pousse à toute vitesse avec plein d’épines longues et fines qui piquent très fort même quand on met des gants pour se protéger. Le notre pousse sous l’albizia, l’horrible arbre à plumes. Ce coin du jardin ressemble plus à l’enfer, qu’à l’éden de la création. Le pyracantha commençait à devenir un peu trop envahissant. Il empiétait sur le territoire des voisins. Je devais absolument le tailler.
Pendant que je bataillais ardûment contre la nature hostile, Mon Amour passait l’après-midi avec ses amies. Si j’en crois les comptes rendus, la rencontre fut agréable. Après le déjeuner, le petit groupe s’est rendu dans une grande librairie. Quoi de plus normal quand on aime les livres. C’est là qu’est apparu le trouble obsessionnel compulsif de mon Amour pour les livres. Pour ceux qui ne sont pas habitués, le spectacle est surprenant, voire même éprouvant.
Dans une librairie, elle est comme un enfant dans un magasin de bonbons, ou comme mon pote Marco quand revient le temps des mini-jupes. Elle est incontrôlable, presque hystérique. Elle papillonne de rayon en rayon . Oui, Mon Amour adore les livres. C’est sa gourmandise et elle en consomme sans modération. Et malgré les tentatives desespérées d’une de ses camarades pour réfréner ses pulsions, elle est ressortie de la librairie avec une poche pleine de livres. Elle en avait pris pour toute la famille. Peut-être est-ce un moyen de se déculpabiliser. Le livre qu’elle m’a choisi est un roman de Murielle Levraud : N’allez pas croire qu’ailleurs l’herbe soit plus verte… Elle est juste plus loin et puis c’est tout. (Quel titre !) J’ai entendu dire que cet écrivain adore le N’importe-quoi et qu’elle élève des escargots. Il est donc naturel que je m’intéresse à ses écrits et, comme on dit, c’est pas tombé dans l’oreille d’une sourde…

Ce jour là, j’ai aussi reçu un cadeau de Madame Angelica en remerciement pour le marque-page que j’avais réalisé pour sa fille Miss Wikibibi, et pour un autre truc sur lequel je dois rester discret. Rien d’inavouable, je vous rassure, mais je laisse le soin à Madame Anjelica de vous révéler la chose quand elle jugera le moment venu. Mystère… Je me retrouvais donc le même jour avec un second livre : La ferme des animaux de George Orwell.
Le cadeau 
Le lendemain, c’était la fête des pères. Et comme, à ma connaissance, je suis trois fois papa, j’ai eu en cadeau trois BD, une par enfant. Bon, d’accord, ça n’est pas une cafetière Senséo, mais c’est quand même très bien. J’adore la bande dessinée. Jusqu’à il n’y a pas si longtemps, c’était à peu près les seuls livres que j’étais capable de lire. Et puis une cafetière Senséo, j’en ai déjà une, alors… Je ne vais pas non plus faire une collection, hein ?!?
Mes enfants m’ont offert les deux premiers tomes de Sillage, une BD de science fiction que je ne connais pas, et le dernier volume de L’ère d’Apocalypse le fameux crossover de Marvel comics qui projette le monde des X-men dans une autre réalité…
Mardi, Mon Amour ne travaillait pas. Elle est retournée en ville, histoire de faire quelques emplettes pour préparer les vacances. Je ne sais pas dans le détail comment elle a occupé sa journée, mais je suis en mesure d’affirmer qu’elle est entrée dans une librairie. N’allez pas croire que je la fais suivre par un détective privé, ou que j’ai un réseau d’espions qui m’informe de ses moindre faits et gestes. Non, c’est beaucoup plus simple. Le soir même, après m’avoir montré les cadeaux choisis pour les amis que nous allons croiser cet été, elle a sorti deux livres d’une poche plastique en me disant : « Tiens. Et ça c’est pour toi. Pour les vacances. »
J’ai tout de suite reconnu ces livres. Il s’agit d’Américan gods de Neil Gaiman et de La mort de Pierre Curie de Jacques Neirynck. Je les avais repérés la veille chez Madame Chimère et j’ai eu l’idée saugrenue de dire à Mon Amour que ces romans m’intéressaient. Comment aurais-je pu me douter qu’elle utiliserait ce prétexte pour céder une nouvelle fois à la tentation ? Car si j’en crois la rumeur, il y a bien tentation. En effet, il paraît que Madame Chimère est une tentatrice démoniaque, une sorte de Lilith des blogs de littérature qui, par ses critiques de livres, séduit et corrompt le faible lecteur.

– Mais Zamour, j’en ai déjà deux à lire.
– Oh, mais c’est pas grâve, ceux là, moi aussi je vais les lire…
Elle est incorrigible. Que ce soit pour elle, pour moi, pour les enfants ou pour n’importe qui, quand il s’agit d’acheter des livres, elle ne peut pas résister. J’ai parfois l’impression qu’elle nous utilise comme alibi afin d’assouvir son vice. Ça me servira de leçon : Ne jamais parler d’un livre à Zamour si je ne veux pas l’avoir le lendemain… Je me retrouve maintenant avec un tas de livres. Quatre romans et trois BD. De quoi m’occuper pendant un bon moment.
Et voilà comment, bien malgré moi, je me suis retrouvé en quatre jours avec une Pile A Lire. Modeste, certes, mais une pile quand même… Jusqu’à présent, il ne m’était jamais venu à l’idée d’organiser ou de planifier mes lectures. En contemplant ce tas de livres, j’éprouve un étrange sentiment qui oscille entre le plaisir et la frayeur. La sensation est d’autant plus bizarre que je ne suis pas encore totalement perverti. J’arrive encore à rester des journées entières sans ouvrir un bouquin. Mais mes crises de lecture deviennent de plus en plus fréquentes.
Je dois rester vigilant. Si je ne fais pas attention, bientôt, je me mettrai à tenir des listes de lecture, et quand je n’aurai plus de livres sous la main, je me précipiterai dans la première librairie pour acheter N’importe-quoi.
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Un drapeau derrière lequel se ralliera notre peuple pour défendre les idéaux immortels de la nation. Un drapeau que les Kikimundais seront fiers d’arborer lors des cérémonies d’ouvertures aux jeux olympiques. Et puisque nous avons un emblème, autant l’utiliser. Je vois bien au centre du drapeau une spirale représentant symboliquement notre ami l’escargot, et dans le coin sud-ouest, un disque dans un cercle rappelant que le Kikimundo est une enclave. Pour les couleurs, pas besoin d’aller chercher très loin : La plupart du temps, notre pays se situe en Midi-Pyrénées, nous adopterons donc les couleurs de cette région pour notre propre drapeau, histoire de ne pas trop faire tâche.
Et pour compléter la panoplie, il ne nous maque plus qu’un hymne national. Ben oui, évidement. Il en faut bien pour tout le monde. Les aveugles aussi ont le droit de subir les symboles nationaux. Et puis, le jour où le Kikimundo remportera une épreuve sportive dans une compétition internationale, on aura l’air malin sans hymne national.